Paranormal

L’ancien espion russe qui se passionna pour la parapsychologie

Notre histoire regorge d’individus étranges et énigmatiques qui ont traversé les siècles pour laisser derrière eux des récits fascinants et qui ont marqué leur époque.

Dans les années 1950, Nikolai Evgenievich Khokhlov était un agent du KGB qui avait déjà mené une carrière assez illustre. En 1941, il était un membre éminent du Commissariat du peuple aux affaires intérieures ou NKVD, aujourd’hui disparu, chargé du travail de la police secrète et de la supervision des nombreuses prisons et camps de travail du pays. Ils étaient connus pour les exécutions et les assassinats qu’ils perpétraient et pour leurs racines profondes dans le monde de l’espionnage international.

Ces personnes ont réussi à créer un héritage indélébile et à laisser derrière eux une multitude d’énigmes. L’une d’entre elles était un assassin et un espion du KGB qui a mené une vie dramatique et surprenante. Il a longuement étudié les pouvoirs et les phénomènes psychiques.

Au cours de son séjour au NKVD, Khokhlov a pris part à des attaques contre les nazis à Moscou, alors que la ville était occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’est également battu derrière des lignes ennemies déguisées en officier nazi dans la Biélorussie occupée par l’Allemagne. Il a également participé à des missions d’assassinat comme celle manquée contre Wilhelm Kube, qui était à l’époque le dirigeant régional nazi de la Biélorussie.

Après la guerre, Khokhlov est devenu actif au sein du KGB, qui était à l’époque une nouvelle organisation à la recherche de personnes possédant des expériences et des compétences semblable à celles de cet homme. L’une de ses missions les plus importantes au sein du KGB avait été d’aller à Francfort, en Allemagne, afin d’assassiner Georgiy Okolovich, président d’une organisation anticommuniste appelée « L’Alliance nationale des solidaristes russes ». Pour s’en débarrasser, il prévoyait d’utiliser un gadget qui ressemblait à un paquet de cigarettes normal, mais qui était mortellement piégé. Le paquet contenait un bouton caché qui, lorsqu’on le pressait, tirait des balles à nez creux agrémentées de cyanure de potassium, émettant un bruit « pas plus fort que le claquement des doigts et risquant de passer inaperçu lors d’une conversation modérée dans un bureau normal ».

Le 18 février 1954, Kholkhlov se rendit directement à la porte de l’appartement d’Okolovich, mais il avait changé d’avis, il en avait assez de tuer, et plutôt que d’assassiner l’activiste politique, il l’avertit au contraire qu’il était pris pour cible. Sachant qu’il avait trahi son pays et défié les ordres, Khokhlov n’avait d’autre choix que de laisser sa vie derrière lui, y compris son épouse et son jeune fils, et de se rendre aux Américains. Entre temps, sa femme fut emprisonnée pendant 5 ans. Malgré cela, l’ancien agent du KGB ne rentra pas au pays et ne revu jamais plus sa femme. Au lieu de cela, il fut défection du côté américain, où son histoire a commencé à fasciner la presse. Les histoires abondaient à son sujet et il a entrepris une nouvelle vie.

Devenu une célébrité, il donna de nombreuses interviews dans lesquelles il révéla toutes sortes de secrets et d’outils utilisés par le KGB. Il écrivit même un livre sur ce sujet, intitulé Au nom de la conscience (« Name of Conscience ») en 1957. Le KGB tenta de l’assassiner en l’empoisonnant. Au départ, on pensait que les services secrets russes avaient utilisé du thallium. Plus tard, il fut révélé que le produit était, en réalité, un isotope radioactif appelé polonium. Il survécut à cette tentative d’assassinat, mais il eu des séquelles. Il devint chauve et sa peau sécha. Il mit des semaines à se rétablir.

Khokhlov étudia ensuite la psychologie à l’université de Duke, où il obtiendra un doctorat. C’est là qu’il rencontrera Joseph Banks Rhine et se familiarisera avec le monde du paranormal et sur les perceptions extrasensorielles. Rhine était, à l’origine, un botaniste. Il devint irrévocablement obsédé par le monde des pouvoirs psychiques, notamment la clairvoyance, les perceptions extrasensorielles et la télépathie. De toute évidence, Khokhlov était fasciné par tout cela, et s’engagea au côté de Rhine et au sein de son organisation en 1966. Il y raconta les expériences secrètes menées par les Soviétiques concernant les pouvoirs de l’esprit et la parapsychologie, donnant des anecdotes fascinantes sur des expériences réussies dans lesquelles les Soviétiques avaient réussi à perfectionner la visualisation à distance, dans laquelle un médium pouvait être témoin d’événements se déroulant à des milliers de kilomètres. Il écrivit un article sur tout cela, intitulé Les relations entre la parapsychologie et le communisme (« The Relationship of Parapsychology to Communism »), en septembre 1966, et disait :

« Le destin du monde d’aujourd’hui dépend de la compréhension commune de toute la race humaine de ce que l’être humain est réellement. Nous sommes, de ce côté-ci du rideau de fer, un petit groupe de parapsychologues qui tentent d’élargir la notion commune de l’homme. Et il y a des hommes de science et d’esprit qui aspirent au même but. »

Quand Khokhlov obtint son doctorat, on lui offrit un poste permanent au sein du Institute for Parapsychology, mais il aurait eu des démêlés avec Rhine en raison de leurs approches très différentes du phénomène qui les passionnait tant. Il se plaignait que Rhine avait tendance à faire « des manipulations statistiques pures sans toucher à la question inévitable de la conscience humaine et de son essence métaphysique ».

Il déménagea en Californie et devint professeur de psychologie à la California State University de San Bernardino, puis se remaria et eut trois enfants.

Il a également poursuivi ses études sur les perceptions extrasensorielles et en parapsychologie, donnant des conférences, écrivant d’importants articles, et enseignant des cours sur la vie spirituelle et l’hypnose. Il redevint une célébrité en apparaissant dans des programmes populaires tels que 60 Minutes ou autres. Le gouvernement américain et la CIA l’approchèrent. Il leurs fournit des informations détaillées sur la parapsychologie et les expériences sur les perceptions extrasensorielles menées en Union soviétique. On pense que ces informations ont permis d’alimenter les programmes très secrets du gouvernement Américain sur les phénomènes psychiques. Il expliqua ses propres opinions sur ces phénomènes, à Stacey Horn du site Internet Unbelievable :

« Il y a trop de spéculations sur le domaine de la parapsychologie dans les médias populaires, mais très peu de substance réelle dans les analyses de cette vision extrêmement importante de la nature humaine. En réalité, ce domaine n’est plus ‘para’, mais alors que l’emprise paralysante du behaviorisme s’affaiblit, les éléments véritablement scientifiques de ‘para’ deviennent actuellement les piliers de la recherche en psychologie. Hélas, pas aux États-Unis, mais partout dans le monde, ce qui donne à réfléchir. »

En 1992, Khokhlov, qui à ce moment-là avait passé la majeure partie de sa vie à se cacher, fut gracié par le président russe Boris Eltsine et l’année suivante, il se retira de son poste de professeur émérite. Il se rendit finalement à Moscou pour la première fois depuis les années 1950 et rencontra même son fils, longtemps perdu de vue. En 2007, Khokhlov décéda d’une crise cardiaque à l’âge de 84 ans. C’est un récit assez intéressant et une histoire étrange, et il semble que cet ancien assassin du KGB ait réussi à vivre une vie haute en couleur, une vie intrigante, tout en laissant sa marque sur le monde du paranormal.

Photo : Nikolai Evgenievich Khokhlov